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Sans condition : Blanchot, la littérature, la philosophie.
Ouvrage de Olivier Harlingue
Paru en avril 2009 chez L'Harmattan,
Coll. : Nous les sans-philosophie.

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Philo-fictions, la revue des non-philosophies

- La fiction, une nouvelle rigueur
130 pages, n° ISSN : 2100-0743
Appel pour le N° 3 :
Traduction, une dernière fidélité

Le code non-philosophique

Je donne ici le code qui permet d'entrer dans la non-philosophie sous une forme que j'utilise souvent mais que je renouvelle maintenant par l'appel à une manière de penser inspirée du modèle de la mécanique quantique. [...] François Laruelle


Le spectre de la non-philosophie

Qu'allons-nous mettre à l'ordre du jour ? Entre penseurs éternels et philosophes de comptoir, entre mort annoncée et excès de communication, entre coup d'Etat permanent et bavardage démocratique, on connaît la chanson. Inutile de se joindre au choeur dès que l'on a compris que nous philosophes sommes des cyclothymiques. Au-delà du moins de notre goût personnel pour l'opéra ou la variété philosophiques, il n'y a pas à choisir entre la défense des anciennes figures et la vanité satisfaite des opinions, avec dans l'entre-deux la répétition académique qui n'a de fonction que d'assurer une survie économique. La refondation de la philosophie nous rappelle celle du capitalisme, sa défense laisse croire qu'elle est menacée, son embaumement scolaire fait croire qu'elle était vivante.

Bouge, la philosophie ! Comme les gnostiques, et avant d'être écrasés par le cynisme de l'Etat, les mensonges de l'Eglise, la nécessité de la Survie, il est peut-être encore temps d'inventer notre mythologie la plus rigoureuse! Pourquoi la philosophie est-elle finalement si sage, elle qui frôle la folie et invente de si beaux systèmes tellement ambitieux, sinon parce qu'elle s'est prudemment arrêtée à mi chemin ? Elle invente dans ses propres codes, il y a même sans cesse de nouveaux « grands » penseurs. Mais elle semble fascinée par son propre mouvement, sidérée par sa grandeur, abîmée dans la contemplation de ses monuments, c'est qu'elle se mire dans son Idéal du moi, ce qu'elle appelle l'Absolu. Elle a tout de l'individu prématuré et inachevé qui doit s'y reprendre à plusieurs fois pour naître, ne cesse de rejeter son placenta sans parvenir à lui-même, et se décide du coup à s'affirmer une fois pour toutes. Mais elle n'a pas la sûreté contrôlée de la science ni la certitude bovine des opinions. Science sans être science, poésie sans être poème, politique sans pouvoir réel, c'est son hésitation permanente qui l'induit au coup de force de l'Impossible.

L'un des objectifs de la non-philosophie face à cette situation sans issue est de tenter de formaliser à partir du modèle philosophique les règles d'une invention ultra-philosophique. Ce que nous appelons après d'autres un geste générique, le pensant comme « radical » mais non comme absolu, est un type de « forçage » inventif opposé au coup de force permanent de la philosophie. Pourquoi serait-il nécessaire de philosopher dans les codes reçus et vérifiés ? Nous ne voulons pas ajouter une philosophie aux autres ni simplement faire retrait et retraite, mais produire « du » quasi philosophique, fût-ce par morceaux, pièces ou fragments ou comme une nouvelle spectralité plutôt que des relents de l'ancien spectacle. Le spectre de rayonnement de la philosophie est encore bien étroit, peut-être est-il possible d'étendre sa spectralité, de varier ses nuances. Qu'est-ce qu'une fiction au voisinage de la philosophie, une philo-fiction ? L'une des ambitions de la non-philosophie serait de créer un nouveau genre théorique, la philo-fiction avec ses effets politiques, éthiques, artistiques afférents. Une autre combinaison de la science et de la fiction, moins littéraire peut-être, plus conceptuelle, moins naïvement technologique et plus théorique, venant « accomplir » l'ancienne Loi de la philosophie plutôt que la nier...

Encore faudrait-il posséder la clé de l'invention spectrale et regarder vers la science. La difficulté de l'impératif non-philosophique est évidente, comment dépasser les apories platoniciennes de la connaissance philosophique ? Pourquoi ne pas aller jusqu'à un certain terme pratiqué déjà ailleurs, jusqu'à des philosophes « sans » oeuvre, c'est-à-dire les œuvres d'un certain non-agir. Peut-on imaginer des non-philosophes qui mettraient leur énergie à inventer leur impuissance à inventer ? Pourquoi après tout ne ferait-on pas de notre impuissance oeuvre ou doctrine ? Par définition il ne nous appartient pas de formuler seulement un impératif générique, voire des recettes, mais nous ne voulons pas non plus désespérer les volontés rebelles, ce serait un idéal de politique. Il faut chercher des modèles dans les autres pratiques, sciences, littérature, science-fiction, il y a un minimum de procédés ou de moyens pour se mettre en route, failles ou interstices de la philosophie autrefois, excès actuels, aspects ludiques, bricolages, philosophies parallèles aujourd'hui. L'idéal est évidemment d'introduire une certaine rigueur de règles, et de fournir un exemple de réflexion sur les conditions de l'invention. Mais peut-être que le terme de non-philosophie pose trop de problèmes, produit trop d'effroi ou de sourires, alors « philosophie non-standard » serait tout aussi parlant et plus ouvert mais toujours sur la base d'une fermeture ou d'un « non » décidément inévitable.


François Laruelle le 17.05.2009
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