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14 fév 2013
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Appel à contribution
Philo-fictions N° 5De la démocratie dans les sciences
Léo Coutellec,
De la démocratie dans les sciences,
Collection « Sciences & Philosophie », ISBN: 978-2-919694-17-4
ebook PDF, 17x 24 cm,
362 pages, 19 €
À commander et à télécharger sur: www.materiologiques.com
Appel à contribution pour le n°5 de philo-fictions
C’est sous le signe de l’engagement que la revue Philo-Fictions souhaite organiser sa prochaine livraison (n°5). Tout en se maintenant dans l’orbe des dispositifs de la non-philosophie, et désormais de la philosophie non-standard, les textes proposés chercheront à s’insérer dans l’un des types suivant, leurs variations, extensions ou croisements n’étant bien entendu pas exclus :- Dualyses dimensionnelle, dont les thèmes possibles, très variés, sont titrés ici de façon rhapsodique, chaque auteur conservant la liberté d’en agencer les fils comme il ou elle l’entend :
o Télos et pistis – l’en-vue-de-quoi l’on s’engage, les formes d’une intentionnalité d’engagement, la foi et l’objet de l’engagement, …
o Hypokheimenos, ontos, logos et bios – quel sujet s’engage ? pour quelle écriture ? quelle parole ? quel témoignage ? quelle manifestation ?
o Praxis, krisis, ethos– structures de l’acte engagé, le choix, la fidélité et la consistance des engagements, le jeu. ..
o Polis, kratos – l’engagement plus spécifiquement politique, conflits et coopérations, appropriation d’autrui et de soi-même, les jeux du pouvoir et de la résistance. ..
o Ergon, enèrgeia, entropia – où il serait question de lutte, de risque, de contrôle et de maîtrise, de limitations de l’action, de résistance derechef…
o Philosophia et sophia – plus spécifiquement, nature de l’engagement philosophique, non-philosophique, de l’engagement dans la pensée, dans le refus de la pensée, jusqu’au désengagement, à la Gelassenheit ou au lâcher-prise… o Etc.
- Dualyses pratiques : au-delà des thématiques évoquées, les formes les plus diverses sont encore recevables, pour peu qu’elles témoignent d’un engagement travaillé dans et par l’unilatéralité, depuis l’immanence radicale :
o Libelles, manifestes et actes de foi
o Règles de conduite, manuels
o Biographies, « autophilofictions », journaux
o Poèmes, scénarios
o Peintures et dessins, enregistrements de performance, musique, dialogues
o Etc.
Veuillez envoyer vos contributions en français et en anglais (.doc) à philofictions@onphi.org au plus tard le 30 octobre 2013.
- Le spectre de la non-philosophie
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Qu'allons-nous mettre à l'ordre du jour ? Entre penseurs éternels et philosophes de comptoir, entre mort annoncée et excès de communication, entre coup d'Etat permanent et bavardage démocratique, on connaît la chanson. Inutile de se joindre au choeur dès que l'on a compris que nous philosophes sommes des cyclothymiques. Au-delà du moins de notre goût personnel pour l'opéra ou la variété philosophiques, il n'y a pas à choisir entre la défense des anciennes figures et la vanité satisfaite des opinions, avec dans l'entre-deux la répétition académique qui n'a de fonction que d'assurer une survie économique. La refondation de la philosophie nous rappelle celle du capitalisme, sa défense laisse croire qu'elle est menacée, son embaumement scolaire fait croire qu'elle était vivante.
Bouge, la philosophie ! Comme les gnostiques, et avant d'être écrasés par le cynisme de l'Etat, les mensonges de l'Eglise, la nécessité de la Survie, il est peut-être encore temps d'inventer notre mythologie la plus rigoureuse! Pourquoi la philosophie est-elle finalement si sage, elle qui frôle la folie et invente de si beaux systèmes tellement ambitieux, sinon parce qu'elle s'est prudemment arrêtée à mi chemin ? Elle invente dans ses propres codes, il y a même sans cesse de nouveaux « grands » penseurs. Mais elle semble fascinée par son propre mouvement, sidérée par sa grandeur, abîmée dans la contemplation de ses monuments, c'est qu'elle se mire dans son Idéal du moi, ce qu'elle appelle l'Absolu. Elle a tout de l'individu prématuré et inachevé qui doit s'y reprendre à plusieurs fois pour naître, ne cesse de rejeter son placenta sans parvenir à lui-même, et se décide du coup à s'affirmer une fois pour toutes. Mais elle n'a pas la sûreté contrôlée de la science ni la certitude bovine des opinions. Science sans être science, poésie sans être poème, politique sans pouvoir réel, c'est son hésitation permanente qui l'induit au coup de force de l'Impossible.
L'un des objectifs de la non-philosophie face à cette situation sans issue est de tenter de formaliser à partir du modèle philosophique les règles d'une invention ultra-philosophique. Ce que nous appelons après d'autres un geste générique, le pensant comme « radical » mais non comme absolu, est un type de « forçage » inventif opposé au coup de force permanent de la philosophie. Pourquoi serait-il nécessaire de philosopher dans les codes reçus et vérifiés ? Nous ne voulons pas ajouter une philosophie aux autres ni simplement faire retrait et retraite, mais produire « du » quasi philosophique, fût-ce par morceaux, pièces ou fragments ou comme une nouvelle spectralité plutôt que des relents de l'ancien spectacle. Le spectre de rayonnement de la philosophie est encore bien étroit, peut-être est-il possible d'étendre sa spectralité, de varier ses nuances. Qu'est-ce qu'une fiction au voisinage de la philosophie, une philo-fiction ? L'une des ambitions de la non-philosophie serait de créer un nouveau genre théorique, la philo-fiction avec ses effets politiques, éthiques, artistiques afférents. Une autre combinaison de la science et de la fiction, moins littéraire peut-être, plus conceptuelle, moins naïvement technologique et plus théorique, venant « accomplir » l'ancienne Loi de la philosophie plutôt que la nier...
Encore faudrait-il posséder la clé de l'invention spectrale et regarder vers la science. La difficulté de l'impératif non-philosophique est évidente, comment dépasser les apories platoniciennes de la connaissance philosophique ? Pourquoi ne pas aller jusqu'à un certain terme pratiqué déjà ailleurs, jusqu'à des philosophes « sans » oeuvre, c'est-à-dire les œuvres d'un certain non-agir. Peut-on imaginer des non-philosophes qui mettraient leur énergie à inventer leur impuissance à inventer ? Pourquoi après tout ne ferait-on pas de notre impuissance oeuvre ou doctrine ? Par définition il ne nous appartient pas de formuler seulement un impératif générique, voire des recettes, mais nous ne voulons pas non plus désespérer les volontés rebelles, ce serait un idéal de politique. Il faut chercher des modèles dans les autres pratiques, sciences, littérature, science-fiction, il y a un minimum de procédés ou de moyens pour se mettre en route, failles ou interstices de la philosophie autrefois, excès actuels, aspects ludiques, bricolages, philosophies parallèles aujourd'hui. L'idéal est évidemment d'introduire une certaine rigueur de règles, et de fournir un exemple de réflexion sur les conditions de l'invention. Mais peut-être que le terme de non-philosophie pose trop de problèmes, produit trop d'effroi ou de sourires, alors « philosophie non-standard » serait tout aussi parlant et plus ouvert mais toujours sur la base d'une fermeture ou d'un « non » décidément inévitable.
François Laruelle le 17.05.2009
