Lettre Non-Philosophique de François Laruelle

du 10 Mars 2007

Lettre du 26-06-2008, 07-05-2008, 01-04-2008, 09-02-2008, 14-11-2007, 08-09-2007, 27-02-2007, 12-01-2007, 09-11-2006, 11-09-2006, 23-06-2006, 30-05-2006, 18-04-2006, 24-03-2006, 14-02-2006, 25-01-2006.
Révisionnisme de la Non-Philosophie, réformisme de la Philosophie, négationnisme de l'Homme.
[1] On peut, certes, apprendre la philosophie à l'université. On peut aussi étudier la Non-Philosophie dans les institutions de la République. L'université même comme métaphasique de l'éducation est prophétisée dans n'importe quelle discipline. Voilà toute une dialectique entre philosophie, Non-Philosophie et institution universitaire qui peut devenir très désarçonnante. On le sait. Or, dans ce sens, l'Onphi, est plus le lieux d'une école, au sens militant ou initiatique, qu'une organisation burocratico-pédagogique.

[2] À la limite, et dans ce contexte, on peut imaginer que la philosophie soit la seule pédagogie possible de la Non-Philosophie. Mais, il s'agit seulement d'une pédagogie du type « cause occasionnelle » ou, plutôt, un enseignement sans pédagogie. Et, si l'on arrive au travail proprement transcendantal ou universel de notre discipline, ce n'est pas par les biais de la philosophie, non plus, moyennant la spéculation ou contre la pensée. La philosophie est seulement – ne fût-ce que une métaphore – l'objet et non le sujet de l'investigation théorique et pratique de l'étranger que nous sommes.

[3] En tant qu'étranger qui voit universellement la philosophie, la théorie non-philosophique n'est pas plus universitaire que française. L' « être français », en tout cas, n'est qu'un objet amphibologique du matériaux philosophique français. L'homme n'est pas français, mais il (est) avant d'être français, avant d'être tout court, uniquement réel.

[4] Voici donc que le problème de la transmission de la Non-Philosophie se pose dans toute sa radicalité. Se situer dans les lices non philosophiques implique, au moins, de bloquer, une fois pour toutes, le cercle vicieux du commencement, philosophique ou non, et de la critique perpétuelle portant sur les fondements. Les noms premiers avec lesquels opère la Non-Philosophie n'ont pas une histoire, si bien que leurs concepts philosophiques surviennent de loin ; ils ont seulement un futur. Ni Marx, ni Lacan, non plus Malebranche ou Althusser ne sont des fondements de la Théorie Première, ou rien qu'humaine, qui nous concerne.

[5] Laruelle, bien entendu, n'est pas Marx, ni l'Onphi, Dieu merci, la Troisième Internationale. Mais, qui plus est, mon maître n'est guère le vrai Lacan ni la Non-philosophie une analyse de la psychanalyse. Donc, notre investigation ne doit pas être orientée ni à la production de manuels de types soviétiques ni aux révisions philosophiques inséparables de la critique, du hégélianisme, même psychanalytique, et de la déconstruction. Ni parricide, ni trahison donc. Souhaiter que les résultats de la Non-Philosophie soient aussi, à la façon d'une simple philosophie, l'occasion de la critique ou du « perfectionnement » d'une « autre » Non-Philosophie possible ne peut qu'être la niaiserie de l'infini commencement. Le révisionnisme de la Non-Philosophie n'est que l'automatisme asservi des ersatz, des anthropoïdes ou, de préférence, des Golems d'une Kabbale philosophique qui résistent à abandonner un lieu qui ne leurs correspond pas, le lieu du Réel ou de l'Homme.

[6] S'interroger sur le commencement, le fondement, les « antécédents », les « airs de famille » de la Non-Philosophie n'est plus que reformer la philosophie, en rénovant son emprise anthropologique, voire, c'est continuer avec le génocide des guerres philosophiques et des batailles inutilement gagnées à la faveur d'une tradition qui n'existe que comme Holocauste de tout homme.

[7] Souvenez-vous, mon cher camarade onphiste, nous n'avons pas une Eglise, même pas une Tradition à critiquer, nous sommes d'une humilité difficile à supporter, car nous sommes purement les chrétiens hérétiques et fidèles d'un Christ futur.
Erik Del Bufalo